Jacques Sun s’interroge sur la sous-représentation des communautés chinoises en France

Jacques Sun s’interroge sur la sous-représentation des communautés chinoises en France

Alors que la France se débat avec les questions de migration, de diversité et de droits des minorités, la voix politique de cette communauté chinoise croissante est restée silencieuse au milieu du discours dominant sur ces questions importantes et urgentes. Jacques Sun du CRAAF veut comprendre pourquoi les Chinois semblent-ils être presque invisibles politiquement ?

Une situation perpétuée par la communauté elle-même, ou par des pressions extérieures de la société française

Tout d’abord, des barrières culturelles et sociologiques empêchent peut-être les Chinois de s’engager dans une activité politique ouverte et les conduisent ensuite à rechercher une présence discrète dans la société française en tant que « minorité modèle ». Deuxièmement, le caractère unique des expériences coloniales et post-coloniales françaises avec l’Asie par rapport à d’autres régions du monde a peut-être conduit à une perception et un traitement particuliers des Chinois par la société française dominante, ce qui affecte leurs motivations et leurs possibilités d’engagement politique.

En comprenant mieux la question sous ces deux angles, Jacques Sun observe également certaines tensions possibles qui pourraient survenir dans un avenir proche, soulignant la nécessité d’une plus grande sensibilisation politique et d’une représentation des Chinois en France en tant que minorité.

Qu’est-ce qu’une minorité modèle ?

Le stéréotype selon lequel les Chinois seraient une « minorité modèle » n’est en aucun cas un simple concept français. Le terme est d’abord apparu aux États-Unis, en référence aux minorités raciales (généralement asiatiques et sud-asiatiques) qui sont perçues comme ayant de bons résultats scolaires et économiques, et comme restant généralement en dehors des problèmes. Cela conduit à des perceptions et des traitements fondamentalement différents de ces minorités par rapport à d’autres groupes, généralement influencés par les stéréotypes positifs mentionnés ci-dessus.

Le contraste persistant entre les immigrés chinois et ceux d’origine africaine et nord-africaine permet de comprendre le degré d’acceptation que la communauté chinoise a acquis en France par rapport aux difficultés et aux obstacles complexes rencontrés par les autres groupes. Le quartier chinois de Paris, une concentration dense de résidences et d’entreprises chinoises située dans le 13e arrondissement, ne semble pas ranimer une société parisienne universaliste qui a été enracinée pour fuir le « communautarisme », l’équilibre entre les droits individuels et les droits corporatifs d’une communauté. Certains membres âgés de la communauté chinoise s’éloignent rarement des limites du 13e arrondissement et ne parlent pas ou peu le français, ce qui ne correspond guère à ce que l’on pourrait qualifier d’intégration à la société française. En même temps, cependant, beaucoup d’entre eux ont des enfants nés et élevés en France.

L’intégration positive des Chinois selon Jacques Sun

Cependant, même s’ils ont été acceptés et ont atteint un certain degré d’assimilation, une différence notable sépare les Chinois de France de leurs homologues de la « minorité modèle » aux États-Unis. Les Américains d’origine asiatique ont pu occuper des postes de pouvoir et/ou de prestige politique.

En 2000, 300 d’entre eux étaient représentés dans des postes élus au sein du gouvernement fédéral, dont 7 membres du Congrès, 2 gouverneurs d’État et 26 maires. Pour les Franco-Chinois, ils n’ont pas pu atteindre un niveau de représentation politique aussi élevé. La ville de Lognes, située à un peu plus de dix milles à l’est de Paris, offre une représentation claire de la situation. Bien que 40 % de ses 15 000 habitants soient d’origine est-asiatique (en particulier les Chinois d’Indochine française), sur les 40 élus de la ville, un seul est d’origine asiatique. « Alors que les Chinois semblent être socialement et économiquement sur un pied d’égalité au sein de la République française, dans le domaine politique, ils semblent passer au second plan » dit Sun Jacques. Et certains d’entre eux semblent s’en contenter.

À la recherche d’une vie meilleure

Les différentes générations de migrants chinois en France sont principalement des migrants économiques ou politiques, ce qui semble avoir influencé leurs ambitions et leurs valeurs à leur arrivée en France. Ceux qui sont arrivés dans les années 1970 ont en grande partie échappé à la tourmente et au chaos de l’Indochine française, et ont cherché à reconstruire leur vie dans un autre pays. Les immigrants récents de la Chine continentale échappent pour la plupart à la pauvreté et au chômage dans leur pays d’origine. Jacques Sun décrit que leur « objectif premier est d’assurer leur survie. Ils n’ont aucun droit sur leur pays d’accueil et se concentrent sur l’emploi, même s’ils sont en désaccord avec la politique ». Les Chinois veulent améliorer leur vie avant de vouloir être entendus ».